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France-sur-mer

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Destination : Europe | Publié le October 12, 2009

Récit d'une croisière à bord du Diamant, un navire d'expédition de la compagnie française du Ponant.

Tous les officiers sont français. Tous les membres d’équipage parlent le français, de même que les conférenciers, musiciens, guides naturalistes et autres invités. La gastronomie française est à l’honneur, de même que les grands crus de l’Hexagone. C’est la France-surmer, à bord du Diamant, l’un de trois navires de la Compagnie du Ponant, le numéro un de la croisière sous pavillon français.

Le capitaine Étienne Garcia présente le Diamant, qu’il commande depuis 2004, comme un navire à taille humaine. Avec ses 8 300 tonnes, le Diamant accueille 120 membres d’équipage et 226 passagers, surtout des Français, puis des Belges et des Suisses francophones. Ce qui est remarquable, c’est la fidélité des uns et des autres. Le taux de roulement chez l’équipage est extraordinairement faible : environ 70 % des matelots et officiers n’ont pas changé depuis quatre ans. Et quelque 80 % des passagers revient sur l’un ou l’autre des navires de la Compagnie du Ponant.

« Les matelots envoient une image de bonheur que les passagers ressentent clairement, explique le capitaine Garcia. Tout le monde se sent comme chez eux. Ce qui revient le plus souvent dans les commentaires, c’est l’ambiance conviviale ainsi que la gentillesse et le professionnalisme de l’équipage qui procurent aux passagers un grand sentiment de bien-être et de sécurité. » L’ambiance conviviale se manifeste partout, à commencer par l’accès à la passerelle, d’ordinaire zone interdite aux passagers sur les autres navires. Les passagers peuvent ainsi observer de visu les manoeuvres des officiers de navigation au moment d’appareiller, d’accoster ou d’emprunter d’étroits canaux.

« Le Diamant, ce n’est pas un grand palace, mais une auberge sympathique et confortable », illustre une passagère française qui en est à son quatrième séjour à bord de ce navire construit en Allemagne en 1974 pour le transport de marchandises, puis transformé en navire de croisière en 1986. Cette passagère est représentative de la clientèle qu’attire le Diamant, une clientèle plus âgée, autour de la soixantaine, que sur les deux autres navires de la Compagnie du Ponant, le Levant et le Ponant, dont la moyenne d’âge se situe plutôt dans la quarantaine. Cela s’explique par le fait que l’arrière de ces deux navires se présente comme une mini-marina à partir de laquelle les amateurs de kayak, de planche à voile et de plongée peuvent s’adonner à leur sport favori sous bonne supervision. L’arrière du Diamant, lui, abrite plutôt neuf zodiacs qui servent de moyen de transport vers les zones les plus reculées.

Comme le Diamant ne peut concurrencer les plus récents et gros paquebots de croisière qui offrent une gamme inouïe d’activités et de prestations, la Compagnie du Ponant propose des croisières originales, comme des expéditions naturalistes (principalement en Antarctique, au Sptizberg et en Georgie du sud), des itinéraires de découvertes culturelles (notamment en Inde, au Libye ou dans les fjords norvégiens) et des séjours thématiques (sous le signe de la gastronomie, de la musique ou d’un sport, le golf en Méditerranée par exemple).

Voilà ce qui attire non seulement des passagers, mais aussi des officiers. Comme le lieutenant de navigation Manon Thériaut, la seule membre d’équipage d’origine québécoise du Diamant issue d’une famille de pêcheurs des Iles de la Madeleine. Au tournant de la trentaine, elle a voulu briser la routine du travail en ferry allant toujours aux mêmes endroits. Les itinéraires du Diamant la comblent totalement. « Au départ, dit-elle, je pensais que les navires de croisière ne faisaient escale que dans les grandes villes. Avec le Diamant, je suis en train de faire le tour du monde en allant le plus souvent dans des endroits peu connus. Et quand nous faisons une croisière d’expédition, la destination n’est plus une ville ou une Île, mais la faune marine. »

En cette mi-juin 2009, nous participons à la 5e croisière musicale du Diamant, baptisée Symphonie en Mer – Nuits Blanches en Mer Baltique. Nuits blanches, non pas parce que les musiciens invités s’en donnent à coeur joie jusqu’aux petites heures dumatin,mais en raison du coucher tardif du soleil (vers 23h00) et de son lever précoce (dès 04h00). Tous les jours, des musiciens réputés livrent jusqu’à trois concerts de musique classique, tant à bord que sur terre. Comme ces concerts de haut vol présentés au magnifique Palais Bezborodko, à Saint-Pétersbourg, en Russie, et à l’Église Saint-Jean de Riga, la capitale de la Lettonie, qui ont fait le bonheur des mélomanes réunis à bord du Diamant.

Comme tous les passionnés, le capitaine Garcia cherche à faire partager sa vaste connaissance des mers aux passagers à qui il aime réserver souvent des surprises. Comme dévier le navire de son itinéraire initial pour pouvoir observer de près un manchot empereur. Ou un ours polaire. Ou une aurore boréale. Quitte à réveiller les passagers!

Jamais avare de commentaires ni d’explications, le capitaine Garcia n’hésita pas une nuit à prendre le micro. « Je ne peux pas vous laisser dormir, dit-il, vous devez venir voir cette aurore boréale. » Et la vaste majorité des passagers se retrouva à 01h00 sur les ponts extérieurs du Diamant, en robe de chambre, malgré la froide température d’à peine deux degrés. « Je vous assure que personne ne m’a reproché de les avoir sorti du lit », ajoute le capitaine Garcia avec un sourire entendu. Sa voix s’assombrit quand il aborde l’évolution climatique du monde polaire. « La superficie de la banquise diminue à vue d’oeil, témoigne-t-il. On parle d’un territoire équivalent à la France qui disparaît ainsi chaque année ! »

La gastronomie française occupe naturellement une place de choix. Chaque repas est source de découvertes, grâce au talent incontestable et à l’imagination fertile du chef cuisinier du Diamant qui oeuvrait aux fourneaux au moment de notre passage, Jérôme Lebeau. Malgré sa jeune trentaine, il affiche une grande expérience, essentiellement acquise au sein de grands palaces de différents coins du globe, dont en Polynésie française et au Maroc.

« D’ordinaire, sur les paquebots de croisière, les menus sont préétablis à l’avance et ils demeurent les mêmes d’une semaine à l’autre, dit Jérôme Lebeau qui dirige une brigade de 24 personnes dans la cuisine trop petite, mais fonctionnelle du Diamant. La Compagnie du Ponant, elle, donne une grande liberté de création qui permet d’exprimer nos talents et nos idées. J’ai carte blanche dans la conception des menus et j’en profite pour proposer des plats différents d’une semaine à l’autre. Certes, les passagers ne s’en rendent pas compte, mais c’est ainsi beaucoup moins routinier pour l’équipage, particulièrement pour l’équipe en cuisine. »

Une vingtaine de serveurs officient avec maestria dans les deux restaurants du Diamant, l’un de 190 couverts, l’autre de 40 couverts, au menu identique. La formule buffet est à l’honneur le midi, avec des plats préparés à partir des produits locaux frais et disponibles. Le soir venu, le choix porte entre deux entrées, trois plats principaux (poisson, viande et pâtes) et deux desserts du menu principal, ou encore quelques plats du menu allégé, le tout copieusement arrosé de vins judicieusement sélectionnés en fonction des plats du soir. Certains Nord-américains trouveront certainement les portions trop congrues et déploreront ne pas pouvoir se sustenter à toute heure du jour ou de la nuit.

La tradition est pleinement respectée à bord du Diamant – et deux fois plutôt qu’une –, avec l’organisation de deux repas de gala du commandant qui sont le prétexte à offrir aux passagers des menus encore plus élaborés – pas moins de cinq services. Lors de notre passage, tous les plats du second menu de gala étaient axés sur la mise en valeur de la truffe. Plaisirs de la table, service attentif et prévenant, contacts personnalisés sous la houlette d’un commandant omniprésent pour le plus grand plaisir des passagers, des destinations et des escales exotiques, voilà la recette concoctée par la Compagnie du Ponant. Grande ombre au tableau : les prix affichés en euro, monnaie nettement plus forte que notre dollar canadien, qui rendent leurs croisières moins abordables pour nous que pour nos cousins français.